Brussels Arts Days 2012

La rentrée des galeries, c’est dès le week-end prochain, sous la forme des Brussels Art Days, troisième édition, organisée par 36 galeries. La plupart des grandes galeries bruxelloises s’y retrouvent ainsi que quelques jeunes pousses. L’occasion de visiter en trois demi-journées un vaste choix d’accrochages. 

Mais qu’est-ce qu’une expo de rentrée ? Est-ce important, pour une galerie, un peu comme une rentrée des classes ? Faut-il sélectionner un artiste particulier ? Y a t-il un challenge particulier à ce moment de l’année ? Voici les réponses, nuancées, de quelques acteurs du milieu. Elisa Platteau, de la galerie du même nom, explique : « Oui, c’est un moment particulier, comme Art Brussels. Il y a plus de visiteurs, plus de visiteurs internationaux. L’expo de rentrée pour une jeune galerie comme la nôtre (4ans et demi), c’est la carte de visite, qui marque le début d’une saison. Il faut montrer ce que l’on fait, quelle est notre identité. ».

Bernard Prévot, de la galerie Aliceday : « Après 2 mois calmes, la rentrée, c’est un moment important. Tout le monde – galeristes, visiteurs, artistes -, est content de repartir dans un nouveau cycle. Il y a une fraîcheur. Les Brussels Art Days, c’est festif, il y a des événements, des dîners, on invite les collectionneurs étrangers…. »

Valérie Bach de la galerie du même nom : « Nous avons sélectionné un artiste dont la presse aura envie de parler, on sait qu’il y aura plus de monde, comme au moment de Art Brussels. On essaie de faire une expo plus commerciale, avec un artiste plus connu. » Catherine Jozsa de la galerie du même nom, explique : « C’est un moment très important dans la vie d’une galerie. Il y a une émulation. Je choisi de mettre en valeur un artiste dont j’ai très envie de parler au public belge. »

Jérôme Jacobs de la galerie Aeroplastics : « Il faut bien commencer quelque part, même si chez nous la galerie ne s’arrête pas l’été Les Brussels Arts Days vont attirer une clientèle étrangère : des Français, des Hollandais.. L‘idée du vernissage collectif vendredi 7 est chouette. » Sophie Hasaerts, de la galerie Obadia : « Toutes les expos sont importantes ! Il n’y a pas d’hiérarchie. C’est peut-être le cas pour une galerie plus jeune. Nous nous mobilisons de la même manière pour chaque exposition. Les Brussels Arts Days, c’est une initiative sympa, mais qui n’a pas d’incidence particulière dans notre programmation. Ca donne une visibilité à l’international. »

Au Noir

Chez Aliceday, l’artiste français Stéphane Calais présente un solo intitulé « Au Noir ». Seront montrées une série de sérigraphies sur feutre, inspirées des katagami – pochoirs japonais pour imprimer le tissu des kimonos. La seconde série, abstraite, ce sont des peintures en noir et blanc et niveau de gris, sorte d’écriture automatique, semblant continuer les formes défaites de l’expressionnisme surréaliste ou en tout cas les rejouer.

« and yes I said yes I will Yes. »

Après sa présence remarquée au pavillon belge de la dernière Biennale de Venise avec « Feuilleton, les sept péchés capitaux », Angel Vergara poursuit à la galerie Almine Rech le travail entamé. 
Il monte et associe des images prélevées dans les medias. Celles-ci lui servent de trame à l’acte de peindre, disparaissant petit à petit sous un inexorable recouvrement. Par touches successives, gestes retenus ou plus amples, utilisant différents instruments, l’action du peintre s’installe dans les images, elle les désigne, les souligne, les poursuit. Le nouveau projet nous entraîne dans  l’univers de l’un des grands récits littéraires, « Ulysse » de James Joyce. Il résonne aussi, pour l’artiste, comme le prétexte à l’affirmation, maintes fois répétée, d’une jubilation propice à la peinture.

Creationism’kiss

1970On a déjà pu découvrir la mythologie réinventée de l’indienne  à la Fondation Boghossian. Née en 1963 à Calcutta, l’artiste américaine présente un ensemble de dessins et de petites sculptures, qui témoignent de sa réflexion sur la théorie du créationnisme. Très répandue aux Etats-Unis, cette doctrine religieuse défend la croyance selon laquelle les hommes et l’univers seraient des produits de Dieu. Scientifique de formation, Rina Banerjee constate avec inquiétude la montée de ce fondamentalisme aux enjeux politiques déterminants – enseignement, liberté d’opinion et de croyances.
L’esthétisme de ses œuvres sur papier est un leurre qui invite le spectateur à ne pas se satisfaire de ce qui est donné à voir et donc à croire : les silhouettes grotesques et monstrueuses, les encres richement colorées, la composition aérienne, le motif parfois ornemental…

Tiré d’une histoire vraie

Le premier solo de Léopold Rabus chez Aeroplastics est placé sous le double signe de la proximité et du clair-obscur. L’intérêt de l’artiste pour son environnement immédiat et le choix de portraiturer ses proches sont des traits caractéristiques de son travail. Mais ses visions hallucinées de personnages déformés, grotesques et inquiétants ont évolué vers des compositions moins tourmentées, quoique toujours empreintes de la même étrangeté. Cette évolution s’est accompagnée d’un nouveau travail sur la lumière. La peinture de Rabus n’est jamais vraiment ce qu’elle semble être. On se plonge dans ses grands formats comme dans des livres de contes terrifiants. L’artiste a invité une série d’artistes amis à exposer avec lui.

A Wonderful World

Gérard Rancinan est un photographe français. Il présente la troisième partie d’une trilogie entamée sur le thème de la course de l’humanité à travers l’Histoire. Cette dernière série dépeint un monde joyeux, idéal, festif. Un Nouveau Monde qui s’ouvre comme un parc d’attraction géant, plein de super héros, nouvelles idoles universelles, qui vivent une liberté sans conditions. Les règles du jeu y sont : un divertissement permanent, une infantilisation nécessaire, une vitalité absolue, un bonheur universel… Le regard du photographe est sarcastique, follement drôle et un brin désabusé.

 Domino Effect

Chez Catherine Bastide, on peut découvrir une expo collective sur le thème de l’image digitale, dupliquée, multipliée, découpée, modifiable à l’infini. Les interfaces nous sont familiers: publicité, marketing, internet, industrie, cinéma, système bancaire. Les artistes présents s’interrogent sur la prolifération et tente d’établir de nouveaux liens entre les stratégies des médias de masse et la réalité toute crue.

Bodies

Feizi présente une sélection d’œuvres des performeurs Cang Xin et He Yunchang. Ces deux artistes partagent une même approche dans laquelle corps et être sont impliqués dans un processus de réflexion sur la société. La portée sociopolitique et militante des performances est claire et montre le malaise politico-existentiel en Chine. He Yunchang est né en 1967 dans la province du Yunnan.. Ses actions sont souvent de stupéfiants défis physiques. Il sera présent lors des Brussels Art Days.

Close to me

Ivan Argote est un artiste américain né en 1983. Il présente des vidéos, des photos et des sculptures sur le thème de notre rapport aux institutions culturelles. Ainsi, prenant des photos au Metropolitan Museum de New York, il propose une vision chaque fois un peu « twistée » de l’œuvre qu’il regarde. Avec humour, il nous fait découvrir une version scabreuse, étonnante, narrative… Une video le montre posant le morceau manquant du nez du Sphynx au pied de celui-ci, au milieu des autres visiteurs du Louvre.

Ivan Argote
D+T Project Gallery

L’espace est bleu

Double exposition de Pieter Vermeersch chez Elisa Platteau. L’une dans la galerie, l’autre dans l’appartement d’Elisa. Pieter Vermeersch interroge notre perception de l’espace. A la galerie, il propose trois expériences spatiales différentes. La première sous la forme de deux grandes toiles abstraites : une immersion dans le bleu d’un ciel sans nuage. La deuxième dans l’espace de la galerie : perception et sensation du vide. La troisième sous la forme d’une petite photo retouchée, comme le point de fuite de l’exposition. L’appartement, dont tous les murs sont repeints dans des dégradés du blanc au noir, sera visible toute une année et servira de structure aux prochains artistes qui y interviendront durant cette période.

Boîte à vices

Chez Catherine Jozsa, l’artiste russe Olga Kisseleva émerge de la post-diaspora : ayant quitté son pays plus pour des raisons de découverte de l’ailleurs que pour des raisons politiques, elle explore l’univers ultra contemporain des tags électroniques. Elle donne à voir les similitudes entre les cultures occidentale et russe, créant ainsi un lien présenté sous forme de photographies retravaillées.

Paru en 2012 dans L’Echo

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