Belge maison d’édition

En 1964, la filiale belge de la banque Paribas crée un outil de diffusion de la culture des Pays-Bas historiques, sous l’égide de son président Maurice Naessens. Cette maison d’édition prend le nom de Fonds Mercator, d’après Gerardus Mercator, humaniste et inventeur de la cartographie. La ligne éditoriale s’attache à faire connaître l’art belge et des anciens Pays-Bas par des grande livres et des monographies. L’éditeur est également connu pour avoir montré les liens entre la peinture flamande et la peinture italienne ou anglaise.

url-110Dans les années 90, Paribas Belgique vit deux fusions successives, l’une, dans les années 90 avec BAC-COB. La banque prend alors le nom de Artesia. Ensuite, Artesia est rachetée par le Crédit Communal, qui devient Dexia. La S.A. Fonds Mercator, petite branche culturelle de la banque, est rachetée en 2004 par trois associés. Il s’agit de Jan Martens, qui dirigeait le Fonds Mercator depuis des années, Ronny Gobyn et Bernard Steyaert, directeur pendant 10 ans de Christie’s en Belgique, à Londres et aux Pays Bas.

La maison d’édition qui a déjà une belle aura qualitative, change de politique d’édition. Forte de ses contacts entretenus de longue date avec les musées et institutions culturelles en Belgique et à l’international, elle déploie quatre axes d’édition : les catalogues d’expositions en Belgique et internationales, en plusieurs langues et en co-éditions, des livres sur des sujets d’intérêt locaux belges, (comme, par exemple, l’histoire de la ville de Gand), des livres sur les arts premiers et les monographies d’artistes.

« Nous avons la capacité, rare, de créer de nouveaux projets, liés – ou pas – à des expositions, avec des partenaires internationaux sur les marchés anglo-saxons, français, allemand,… » Explique Bernard Steyaert, administrateur délegué.

Ainsi, fruit d’une collaboration à long terme avec le musée Van Gogh d’Amsterdam, le Fonds Mercator a produit et co-publié la nouvelle édition de la correspondance de Van Gogh, en 6 volumes, et en trois langues : français, néerlandais et anglais, avec Thames & Hudson à Londres, Actes Sud, en France et Amsterdam University Press aux Pays-Bas. La genèse et le « montage » du projet de publication ont été faits par le Fonds Mercator. Cette publication a d’ailleurs généré une exposition au musée d’Amsterdam et à la Royal Academy à Londres. Le coffret de 6 volumes est sorti en 13.000 exemplaires, toutes langues confondues, ce qui est exceptionnel.

Le principe de la co-édition, c’est la possibilité d’utiliser une même mise en page et un même contenu pour plusieurs versions d’un même livre, diminuant les coûts de production du livre. Les éléments essentiels de la réussite de ces co-éditions, c’est bien évidemment les contacts que l’éditeur entretient avec les éditeurs étrangers et les différents musées et institutions internationaux. Pour ce faire, les deux rendez-vous importants de la profession sont la foire du livre de Francfort, en octobre, sur laquelle le Fonds Mercator loue un stand depuis 40 ans, et la foire de Londres, au printemps.  A Francfort, c’est 50% des contacts et affaires de l’année qui sont discutés.

Un autre outil essentiel est l’équipe d’auteurs, traducteurs, rédacteurs, graphistes, photographes indépendants. « Nous sommes très attentifs au contenu, raconte Bernard Steyaert. Nous travaillons chaque fois avec des responsables de publications et auteurs spécialisés. Pour la monographie d’une artiste, par exemple, l’ouvrage doit tendre à devenir une référence. Il nous faut aussi travailler avec des traducteurs et relecteurs qui maîtrisent la terminologie technique…et cela dans toutes les langues de publications, bien sûr. »

Au Fonds Mercator, une rédactrice en chef coordonne l’ensemble des projets, aidée par une iconographe, une responsable commerciale et une responsable administrative. Pour le futur, l’éditeur développe trois axes : les artistes belges de renom, anciens et modernes, des collaborations en plusieurs langues avec les musées étrangers et l’intérêt local. Par exemple, pour le très beau catalogue de l’exposition qui a eu lieu en 2010 « Venise, Caneletto et ses riveaux », à la National Gallery de Londres et à Washington, il a fallu, à cause des différentes traductions et des différents sponsors de l’exposition suivant les lieux, faire 16 versions du même livre. De quoi stresser plus d’un coordinateur de rédaction…

Equilibre financier délicat

« Nous ne sommes pas les moins chers, car nous visons surtout la qualité du contenu et de la mise en page, explique encore Bernard Steyaert. Certains contrats avec des musées belges nous échappent donc lors des appels d’offres. Nous devons aussi faire attention au stock, aux crédits faits aux clients et nous devons suivre de près nos fournisseurs. Cela comme tous dans le monde de l’édition. »

Quand le livre est écoulé via un distributeur et diffuseur belge ou étranger il est en dépôt chez lui et sera payé à l’éditeur lorsqu’il est vendu aux libraires. De plus, les libraires disposent d’un droit de retour pour tous leurs invendus ! Pour une co-édition par contre, par exemple avec un éditeur américain, les livres sont payés en amont.

La digitalisation des techniques d’impression a largement diminué en vingt ans le coût de fabrication des livres illustrés. Par contre, le défi actuel vient du coût d’achat des images. En effet, l’accès aux illustrations de ses œuvres est facturé par le musée qui les détient. Cet usage, sans aucune base légale, peut rendre un projet très cher. Par exemple, pour un livre sur Breughel qui contient 300 photos, chacune achetée 150 euros, il faut un budget de 45.000 euros… Souvent difficile. Et paradoxalement, le travail du texte par des rédacteurs et traducteurs spécialisés est  un point coûteux de l’édition de livres d’art illustré de qualité.

Le Fonds Mercator publie en moyenne 25 titres par an.

Paru en 2011 dans L’Echo

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