L’enfant en nous

Gulliver et Alice dans son pays des merveilles n’ont qu’à bien se tenir. Chez Aeroplastics, l’univers magique, ludique, étonnant, voire angoissant et donnant le vertige de Jean-François Fourtou est à découvrir. Depuis une décennie, il explore les réminiscences de l’enfance, entre contes et souvenirs.

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L’autoportrait  qu’il élabore  plastiquement trouve  son  expression dans  un  art  stupéfiant  de  la  reconstitution. Objet de  toutes  son  attention:  cabanes, maisons, intérieurs ou cachettes, des lieux spécifiques réels disparus ou presque oubliés, mais émergents dans son souvenir. Ici, le séjour de sa grand-mère, reconstitué en très très grand, comme s’il s’agissait de celui d’une géante. Fourtou s’y photographie, tout petit, son bras levé atteignant à peine la table. Là, la chambre de sa fille, qu’on dirait réservée à des Liliputiens, où un adulte doit se baisser s’il veut la traverser.

jean-francois-fourtou-l-12epsqJouer avec l’échelle physique permet à l’artiste de recoloniser des instants  passés. Il donne l’occasion au spectateur de s’y plonger aussi. A Marrakech, où il vit, en lisière de la palmeraie, Fourtou a reconstitué une maison tombée à la renverse et posée, entre les herbes, sur un pan de toiture. On y entre, tout y est à l’envers. Les tables, les chaises, les assiettes sont en haut, le lustre en bas. Inspirée par celle de son grand-père, cette drôle de maison surprend ses hôtes, pris de vertige et privés de repères. Drôle de conte, que celui de l’enfance, que l’artiste ré-écrit à travers son œuvre.

«  J’ai fait des études de gestion avant d’avoir la chance d’être pris aux Beaux-Arts et de partir à New York. » explique l’artiste, né en 1964.  « Mon mémoire de gestion portait sur la création d’entreprise. J’ai créé la mienne, qui produisait des objets pour les musées nationaux, et j’ai financé cette autre carrière artistique. J’ai eu aussi la chance d’avoir très vite une galerie… »

untitled_giraffe_03Dès les années 90, il acquiert une visibilité avec ses étonnants animaux géants en résine : moutons, girafes, orang outangs, escargots, grands chiens. C’est le  thème  symbolique  de  l’attachement qui se déploie ici, avec la reconstitution des bêtes  que  l’on  chérit, enfant, et qui sont souvent  plus  adorables  et complices que les humains.

A voir ici, d’énormes escargots qui se promènent sur les murs de la galerie. Plus loin, une girafe sort son cou gracieux de derrière une porte. A l’observer, on se sent une toute petit fille, effrayée par les animaux lors de sa première visite au zoo.Très belles photos, mises en scène, dont celle d’un académicien raide et inquiet,, cerné par des orangs-outangs joyeux et farceurs au milieu d’une bibliothèque ancienne et de centaines livres. Encore une fois, c’est le regard d’un petit enfant de 9 ans, qui mêle vision de la réalité, impressions fugaces et imagination débordante. Magique. Joyeux. Tendre. « Si tu ne me crois pas, gare ta gueule à la récré ! »

Les œuvres de Fourtou sont déjà présentes dans plusieurs collections importantes. A voir les collectionneurs pimpants qui sillonnaient l’expo le jour du vernissage, ce n’est pas prêt de s’arrêter.

 » Tombée du ciel »
Jean-François Fourtou
Aeroplastics Contemporary
Bruxelles

Paru en 2011 dans L’Echo

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