4 galeries, 4 artistes

Histoires

url20Sean Landers est un artiste américain né en 1962. On connaît ses grandes toiles couvertes d’écriture comme des graffitis, qui reprennent toutes les pensées qui occupent son esprit au moment où il peint, révélant ainsi son processus de création. On est emporté par sa sincérité qui pourrait être insincère, son humour, la pitié qu’il a pour lui-même et le plaisir qu’il éprouve à se mettre ainsi en scène en un égocentrisme jouissif. Aujourd’hui, à voir chez Rodolphe Janssen, les phrases sont cachées et données à lire sous forme de dos de livres. Voici donc d’ennuyeuses vues de rayons de bibliothèque. Des successions de livres. Mais chaque titre est un bout de phrase et toutes les phrases mises ensemble sont un morceau d’histoire de la vie de Landers. Ainsi peut-on lire : « A l’âge adulte, ma créativité a d’abord trouvé un exutoire dans l’écriture. J’ai écrit des centaines de poèmes. Les tiroirs de mon bureau sont plein s de bouts de papier écornés … ». Se racontant,  à travers les mots, mots mis en scène sous un masque esthétique formel et visuel, l’artiste produit un travail fascinant de mise en abîme.

Sean Landers
Galerie Rodolphe Janssen
Bruxelles

Narrations

al-farrow-cathedral-rActiviste pacifiste de la première heure, Al Farrow, New-Yorkais, méprise les armes à feu. C’est pourtant avec celles-ci qu’il construit ses sculptures « Reliquaries » : éléments de pistolets et de fusils, mitrailleurs, munitions de divers calibres sont agencés comme un puzzle presque enfantin, avec, il semble, un certain plaisir. Se construisent ainsi église, synagogue, mosquée… Menorah dont les chandeliers sont des pistolets. Il s’agit, pour l’artiste, de donner à voir le gouffre absurde entre le message de paix véhiculé par les religions, et l’histoire violente qui a toujours accompagné leur expansion.  Al Farrow envisage ses œuvres comme des objets didactiques. Il a aussi réalisé deux châsses assez réjouissantes, toutes d’acier et de pièces d’armurerie, dans le centre desquelles se niche un os quelconque. Au deuxième étage de la galerie, une collective avec quelques artistes déjà croisés ici : Pierrick Sorin, Mircea Suciu, Tracey Snelling…

Al Farrow, recent Works
Et Hoodoo Eternity
Aeroplastics Contemporary
Bruxelles 

Prescriptions

images-16Jeanne Susplugas s’est fait connaître grâce à sa monumentale installation « La Maison malade », en 1999, dont le sol et les murs étaient entièrement recouverts de boîtes de médicaments. Poursuivant sa pratique qui mêle installation, dessin, photographie, cette artiste française née en 1974 joue des codes visuels du monde médical. C’est une interrogation sur l’addiction, l’aliénation, la solitude. Avec esthétisme, voire parfois un brin de froideur. Voici un mot immense écrit en led : « addiction » ; voici une maison en carton, parée d’un couvercle à charnière, qui se referme comme une boîte. Voici dessiné délicatement des rangées de flacons pharmaceutiques, dont les étiquettes portent un message détourné. Le mot, ou la phrase, dans la vidéo présentée ici, sont centraux dans l’œuvre de cette jeune artiste qui expose pour la première fois dans le très bel espace de la galerie Valérie Bach, sous la verrière de l’ancienne patinoire à glace de Bruxelles. Vous avez dit narratif ?

Jeanne Susplugas
There’s no place like home
Galerie Valérie Bach
Bruxelles

Sous l’image

Mireille Roobaert est une photographe de presse dont on connaît le travail publié dans de nombreux magazines. Elle présente pour la première fois son travail personnel, sous la forme de photos retravaillées pixel par pixel, rendues à la fois plus claires et plus mystérieuses. Des lieux vides. Dans ces lieux, des éléments d’architecture et leurs jeux d’ombre se dédoublent, deviennent un puzzle géométrique. La réalité disparaît,  pour faire place à une image plus esthétique, jouant sur les notions d’envers du décor, de reflet, de dédoublement. Il y a des reflets de lumières au néon, des portes ouvertes sur le vide, des ombres noires et graphiques.

Mireille Roobaert
Désarchitecture
Galerie Arielle d’Hauterives
Bruxelles

Paru en 2012 dans L’Echo 

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